Après vous avoir parlé de l'Espéranto dans son aspect théorique, j'avais envie de vous montrer des expériences plus personnelles permises par cette langue. Comme je commence tout juste à l'apprendre, j'ai demandé deux témoignages.

Michel Fontaine est un ami que l'Espéranto et le mariage ont amené à vivre en Chine. Je lui ai demandé comment l'Espéranto lui sert dans un pays où rien ne ressemble à notre alphabet.

"Comment l’espéranto me permet de vivre en Chine ?
Un des problèmes pour se familiariser avec la Chine, c’est à l’évidence la langue chinoise...Des sons inconnus, dont certains imprononçables pour nous européens...Les quatre tonalités, qui font qu’un seul son peut avoir quatre significations selon la manière de le dire...4.000 idéogrammes qui sont de véritables hiéroglyphes...Ca fait beaucoup d’obstacles pour aborder la culture chinoise, immense par sa diversité et sa longévité...

J’ai eu la chance d’apprendre l’espéranto jusqu’à un niveau suffisant pour venir en Chine et me marier avec une chinoise espérantophone...
Oh! Baptiste, ne va pas penser que tout est résolu grâce à l’espéranto...! Je veux seulement dire qu’il est pour moi une fenêtre, qui me permet d’aborder la culture chinoise avec plus de profondeur que ne le permettent les circuits touristiques. L’espéranto ne remplace pas l’obligation d’apprendre le chinois, qui entre peu à peu dans ma tête malgré les difficultés...J’ai cependant tiré un trait sur les idéogrammes, me contentant de la langue parlée, dont je retiens peu à peu les sons et la syntaxe –par ailleurs fort simple– grâce aussi à la transcription alphabétique –appelée ici pinyin– officiellement adoptée en Chine dans les années 50.

Je peux ainsi peu à peu explorer la littérature, les mœurs et coutumes, l’histoire, le bouddhisme et surtout le symbolisme qui est l’un des aspects de la culture chinoise le plus remarquable. La découverte au jour le jour de tous les codes de ce symbolisme me passionne. Je vais te donner un seul exemple: la veille du nouvel an chinois, toute la famille rassemblée fait un “réveillon”, dont le menu est soigneusement prévu pour être délicieux, mais aussi de bon augure pour le bonheur de l’année qui vient: les boulettes de viande rondes représentent la famille réunie, le poisson “yu” en chinois l’espoir d’avoir toujours à manger, car “yu” signifie aussi “trop, surplus, abondance”...Tu vois, tout est ainsi codé, et soumis à interprétation.

Bon, je sais, la culture chinoise évolue et beaucoup de jeunes, ne font plus que les gestes d’une tradition dont ils oublient peu à peu le sens...Mais il est aussi passionnant de voir combien et comment la société chinoise évolue...
Oui tu vois Baptiste, tout ça, plus tout ce qu’il me reste encore à découvrir, grâce à l’espéranto appris en quelques mois. Ca vaut la peine non ? "

Ma petite famille est partie au Népal en Mars (avec mon frère de 15 ans qui a pris 4 mois de cours d'Espéranto). Voici leur témoignage.
Tous les 2 ans et depuis1995, les espérantistes népalais organisent les « internaciaj himalajaj renkontiĝoj », un séjour à destination d’espérantistes du monde entier pour faire découvrir le Népal et créer une occasion d’enrichissantes rencontres transcendées par la pratique de l’Espéranto.

Cette année, c’était donc la 9ième édition de ces rencontres et nous étions 30 étrangers dont 16 français, 9 japonais, un couple de suédois, un couple d’Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie et un danois. Le grand nombre de français s’expliquait par le fait qu’un ami Népalais, Poshraz est venue en Aout 2010 aux rencontres de Plouezec en Bretagne où il a largement vanté l’intérêt de ce voyage. Bien sûr, même si nos amis népalais avaient tous une parfaite maîtrise de l’anglais,de même que bon nombre d’étrangers, l’Espéranto a été notre langue commune pendant 2 semaines. Et c’est ainsi qu’une cinquantaine de népalais ont passé un peu de temps avec nous, pour certains, le temps d’une soirée, pour d’autres durant les jours de randonnées et pour d’autres encore, tous le temps de notre séjour.
Nous avons découvert le Népal… dans sa ruralité avec ses cultures en terrasse, dans ses pratiques religieuses, bouddhistes et indouistes au travers de nombreux temples; nous sommes allés aux pieds des Anapurnas et avons découverts le lieu de naissance de Boudha à Lumbini près de la frontière avec l’inde.
Le 9 mars, nos amis japonais reprenaient l’avion…c’est le SMS de l’un d’entre eux qui nous informait 2 jours plus tard du tsunami qui frappait leur pays…. Au-delà de l’intérêt touristique de ce voyage, nous avons partagé le plaisir de pratiquer l’Espéranto, d’échanger dans une langue facile, ludique, qui n’appartient à personne et qui est pourtant la nôtre.
"

Pour terminer cet article je ne résiste pas à vous donner cette statistique:
On estime que pour avoir un bon niveau de base dans une langue nouvelle (pour un francophone), 2000 heures d'apprentissages sont nécessaires pour l'Allemand, 1500 heures pour l'Anglais, et moins de 150 heures pour atteindre le même niveau d'expression en Espéranto.

Si la chine vous intéresse, je vous conseille le blog de Michel. Il y publie régulièrement ses découvertes culturelles.
Dans moins de deux semaines je vous parlerais des associations Mexicaines.
Tchô!